La disparition

17 novembre 2017

Barbereau a quitté la Russie

La Russie a de son côté annoncé vendredi de nouvelles poursuites contre l’ex-directeur de l’Alliance française d’Irkoutsk pour avoir quitté illégalement le pays. Le Français Yoann Barbereau, qui est rentré clandestinement en France cette semaine après avoir été condamné par la justice russe, en veut au gouvernement français qui n’a pas su, selon lui, le «protéger». Et il exige une indemnisation. «J’attends d’être lavé de toute accusation et de toute condamnation et de retrouver une liberté de mouvement totale», a déclaré l’ancien directeur de l’Alliance française d’Irkoutsk en Sibérie, au cours d’une conférence de presse à Nantes vendredi. En fuite depuis septembre 2016, il a été condamné par contumace en décembre à 15 ans de camp en Sibérie pour des actes à caractère sexuel sur sa fille – ce qu’il a toujours nié. Il fait également l’objet d’un mandat d’arrêt délivré par Interpol assorti d’une notice rouge. Jeudi, dans un entretien pour Envoyé spécial sur France 2, Yoann Barbereau a assuré que les preuves avaient été fabriquées et qu’il était victime d’un «kompromat», une technique de manipulation pratiquée par les autorités russes. Son avocat, Olivier Arnod, a précisé qu’il souhaitait que la Russie transmette son dossier à la justice française. «Avec un tel dossier, la justice française ne pourra que constater l’inanité des charges et prononcer un non-lieu», a estimé Me Arnod. Yoann Barbereau compte porter plainte auprès de la justice française pour les violences subies lors de son interpellation et pour l’extorsion dont il a été victime pendant la procédure et pour atteinte à la vie privée. «J’ai été arrêté à 9h le 11 février, j’ai été frappé, je ne savais pas ce qu’on voulait de moi, on a utilisé des techniques pour me faire parler.

Posté par arcthomas à 16:01 - Permalien [#]

14 novembre 2017

Dans le ciel

Récemment, j'ai réalisé un vol en hélicoptère dans le ciel de Maubeuge. Étonnamment, je ne m'y étais encore jamais essayé. Et je suis clairement tombé sous le charme. Mais pas seulement pour la vue depuis le cockpit, cela dit. J'en conviens, elle était extraordinaire. Mais ce qui m'a réellement marqué, je crois, c'est l'hélicoptère en lui-même. Lorsqu'on y réfléchit, il faut beaucoup d'imagination pour concevoir une telle machine ! L'être humain est indubitablement un être créatif. Considérez ce qu'il est parvenu à créer en l'espace de deux siècles. Il a inventé le train, l'internet, l'hélicoptère... On se demande où il en sera dans quelques siècles ! Enfin, s'il a survécu jusque-là, évidemment. Parce qu'il est aussi parvenu, dans le même temps, à exterminer de nombreuses espèces, à changer le climat, et à réunir toutes les conditions pour faire de la Terre un enfer. Qu'inventera-t-il demain ? Et sera-ce pour son salut ou sa destruction ? A entendre un Trump ou un Poutine, qui remettent en cause la réalité du changement climatique, on pencherait plutôt pour la deuxième option ! Le vrai problème, finalement, c'est que cette imagination hors norme est à chaque fois utilisée pour conquérir. L'énergie nucléaire est en la matière un cas d'école : elle a été pensée comme source d'énergie par des chercheurs rêvant d'un monde meilleur, mais elle a vraiment pris forme lorsqu'elle a été financée pour fournir la bombe nucléaire. L'orientation originelle peut être tout à fait méritoire, mais l'investissement change souvent la donne, en définitive, et peut même aboutir à l'effet inverse. Les scientifiques façonnent de nouvelles technologies, mais ceux qui décident d'en tirer parti s'occupent quant à eux de gagner toujours plus (que ce soit de l'agent ou des votes). Ceux-là s'attachent moins aux dommages collatéraux tant qu'ils n'ont pas à y faire face directement : c'est le rendement immédiat qui prédomine. Et c'est là qu'est tout le problème. Les scientifiques rêvent d'améliorer le monde, mais ceux qui exploitent leurs découvertes conduisent à l'effet inverse. Et tant que la situation sera telle, il est probable que le monde continuera d'avancer clopin-clopant... Quoi qu'il en soit, si vous n'avez jamais tenté un tour en hélico, je vous recommande : la balade est vraiment agréable. Et quand on découvre Maubeuge depuis les hauteurs, le décor est franchement superbe. Encore plus d'information sur ce vol en hélicoptère en cliquant sur le site de l'organisateur.

Posté par arcthomas à 16:39 - Permalien [#]
Tags : ,
05 octobre 2017

L'évolution du mal-logement

Le mal-logement s’aggrave et s’enracine, mais au-delà de ce premier constat, ses visages se diversifient et se renouvellent. Il touche d’abord ceux qui sont privés de logement, mais aussi ceux qui sont logés dans des conditions peu satisfaisantes. Pour eux, si le confort sanitaire s’est considérablement amélioré depuis un demi-siècle, ils sont confrontés à un renouvellement des situations problématiques d’habitat. On pense notamment à l’importance de la précarité énergétique, ainsi qu’à l’obsolescence de certaines fractions du parc immobilier, comme les copropriétés, construites massivement au cours des Trente Glorieuses. La dégradation de la situation se vérifie avec l’ aggravation de la situation des ménages privés de domicile personnel, qu’il s’agisse des personnes sans domicile, ou d’hébergés contraints chez des tiers. Dans de nombreux départements, l’hébergement d’urgence ne répond que très partiellement à une demande qui a explosé sous l’effet notamment des mouvements migratoires et de l’impossibilité pour de très nombreuses personnes, dénuées de droits et de moyens, de pré- tendre à d’autres formes d’habitat. Cette pression ne permet pas de rendre effectif l’accueil inconditionnel de toute personne privée de domicile personnel, pourtant reconnu dans la loi depuis 2009. Pour tous ceux qui doivent affronter le marché pour accéder à un logement, que ce soit pour un premier logement (les jeunes), une mutation nécessitée par l’agrandissement du ménage (les familles) ou suite aux aléas de la vie (séparation, perte d’emploi ou problème de santé), l’ exacerbation des concurrences conduit à u ne forme de « lutte des places » . À la sélection par le marché des demandeurs de logement les plus solvables, répond la concurrence qui s’installe à tous les niveaux d’une offre publique insuffisante, qu’il s’agisse d’hébergement ou de logement. Les structures d’hébergement comme les organismes Hlm sont alors conduits à mettre en place des mécanismes de tri particulièrement sélectifs, suscitant chez les demandeurs un découragement qui les conduit parfois à ne plus rien attendre. Ces difficultés d’accès ont aussi pour effet un abaissement des exigences vis-à-vis du logement. Cela touche évidemment les plus modestes, mais beaucoup plus largement ceux qui renoncent à des logements adaptés à la taille du ménage ou de meilleure qualité.

Posté par arcthomas à 17:23 - Permalien [#]
24 septembre 2017

Font Romeu: colloque impasse et croissance

La consommation est au coeur du développement économique de notre pays, et il ne se passe pas six mois sans que j'assiste à une conférence consacrée à ce sujet. La semaine dernière, j'ai ainsi assisté à un colloque à Font Romeu au cours duquel a été longuement abordée la question de la demande autonome de consommation. Une intervention en particulier s'attachait aux crédits à la consommation. Quand les gens riches dépensent plus que leur revenu disponible courant, ils ne font que diminuer leur richesse en vendant certaines actions ou en utilisant l’argent de leur compte bancaire. Les gens plus pauvres n’ont pas beaucoup d’actifs de côté qui peuvent être vendus pour financer un excédent de leurs dépenses sur leur revenu disponible. Ils doivent donc emprunter. Même s'il existe évidemment des gens qui font des emprunts pour partir en voyage, les emprunts faits par les consommateurs permettent en majorité de s'offrir des biens de consommation durables, tels que des écrans plats, de l'ameublement et encore des véhicules. Le crédit à la consommation agit de deux manières sur la dépense de consommation. Pour commencer, il y a le volume du crédit alloué. Si les banquiers accordent de plus grands découverts ou si les commerces autorisent des crédits plus importants à leurs clients lorsqu'ils effectuent des achats à crédit, plus de personnes dépenseront au delà de leur revenu réel et acquerront la chaîne stéréo dont elles rêvaient. Un allongement de l’offre de crédit à la consommation rehausse la fonction de consommation. Les consommateurs dépensent plus, peu importe le niveau du revenu libre. Ensuite, il y a le coût engendré par le crédit à la consommation. Quand le taux d’intérêt est considérable, le montant que les consommateurs devront emprunter devient trop élevé et rebutant, car il ne permet pas de couvrir les intérêts et de s'acquitter du capital emprunté dans le même temps. La monnaie et les taux de crédit agissent donc directement sur la consommation, parce qu'ils agissent sur l'intérêt du crédit à tempérament. Un accroissement du fond monétaire amplifie les encaisses et autorise davantage de crédits à témpérament par le biais des découverts. Et en allégeant le coût du crédit à la consommation, l'affaiblissement des taux d’intérêt donne aux personnes la possibilité d'emprunter davantage et de rembourser leur crédit. L'intervenant a en fait largement montré durant ce colloque que ces deux facteurs ont tendance à accroître la dépense de consommation par rapport au revenu disponible et à déplacer vers le haut la fonction de consommation. Pour en savoir davantage, je vous recommande la lecture du site sur l'organisation de séminaire à Font Romeu qui est très bien rédigé sur ce sujet.

Posté par arcthomas à 11:58 - Permalien [#]
Tags : , ,
21 juillet 2017

Les processus de démocratisation

La révolution égyptienne de janvier 2011 a contraint le président Hosni Moubarak au départ. Élu président de la République le 30 juin 2012, avec 51,73 % des voix, Mohamed Morsi, issu de la Confrérie des Frères musulmans, a limogé en août les principaux responsables de l’armée. Une « Déclaration constitutionnelle » promulguée le 22 novembre de la même année l’a autorisé à gouverner par décret et à annuler les décisions de justice. Dès lors, le climat politique du pays n’a cessé de se détériorer. Un an après son élection, le président Morsi a fait face à une contestation populaire de très grande ampleur qui a conduit à sa destitution par l’armée le 3 juillet 2013. Le processus de transition égyptien avait comporté au départ un agenda approprié et avait été alimenté par des débats constitutionnels autour des thématiques de la démocratie, de la citoyenneté, du multipartisme, des libertés, des rapports entre islam et État, de la place de la minorité copte, du statut de la femme, etc. Il avait été jalonné de consultations électorales tant législatives que présidentielles. Toutefois, il a manqué entre les acteurs de la transition la confiance nécessaire à la conduite de ce processus et sans doute un encadrement par le droit, sans interférence, des temps forts du processus de démocratisation. Au regard des développements qui précèdent, il convient de formuler les recommandations suivantes : • élaborer une réponse régionale concertée et coordonnée à la menace terroriste ; mettre en place un dispositif de nature à renforcer la sociabilité à travers l’intégration et la cohésion sociale afin d’éviter que les tensions communautaires et les difficultés économiques constituent le terreau d’une criminalité transnationale organisée ; • renforcer les capacités de gouvernance de l’État de droit à travers, comme le stipule la Déclaration de Bamako, le fonctionnement régulier de ses institutions fondamentales et le respect rigoureux des procédures relatives aux échéantes électorales, au respect des mandats prévus et de leurs délais ainsi qu’au respect des droits de l’opposition ; • rappeler, à tous les niveaux de l’État comme au sein de la société civile, que « la prévention des crises et des conflits repose aussi sur la sécurité de l’individu, la sécurité de ses besoins vitaux, notamment celui de vivre en paix, le respect de tous ses droits, y compris le droit au développement » (Déclaration de Saint-Boniface, préambule), et décliner ce principe en autant de programmes de sensibilisation et d’action ; • valoriser l’approche consignée dans le préambule de la Déclaration de Saint- Boniface selon laquelle « le développement économique est un élément clé de la prévention structurelle des crises et des conflits », et contribuer à la diffuser à travers les politiques et les programmes de développement socio-économique ; • encourager les États à appliquer une politique de développement économique équilibrée entre les régions et les différentes composantes du pays afin de ne pas laisser se développer des situations où l’absence de développement, la pauvreté et la marginalisation des populations conduisent au développement de la criminalité et favorisent le recours à la violence radicale et au terrorisme ; • travailler à restaurer la confiance des populations dans leur capacité à être des acteurs du changement en les associant aux chantiers du développement susceptibles d’assurer leur intégration sociale et de conforter leur dignité d’êtres humains ; • réaffirmer, conformément à la Déclaration de Saint-Boniface, l’invitation faite à l’OIF « de consolider ses capacités d’analyse » et « notamment de poursuivre […] la réflexion sur les causes et les facteurs de la conflictualité, les indicateurs sous-tendant la fonction d’observation et de veille, et les faits considérés comme déclencheurs des mécanismes de sauvegarde et de réaction » ;

Posté par arcthomas à 14:02 - Permalien [#]
27 juin 2017

Le vase clos de l'entreprise

L'entreprise a toujours été un univers en soi, mais elle a tendance depuis quelques années à devenir un vase clos. Je m'en suis rendu compte une fois de plus jeudi dernier, lorsque je suis allé avec l'ensemble du service à Perpignan dans le cadre d'un incentive. Contre toute attente, ce voyage a été un pur moment de bonheur : il faut dire que l'événement était parfaitement organisé et que j'aurais été de mauvaise foi de critiquer. Pour autant, je tiens à préciser que de manière générale, je suis résolument contre les événements de ce genre. S'ils sont évidemment toujours proposés dans la bonne humeur et la convivialité, ils représentent à mon sens la tendance qu'a depuis quelques années l'entreprise à empiéter allègrement sur la sphère privée. Car l'entreprise « moderne », si elle est en apparence plus cool que l'ancienne, sollicite à tel point ses salariés que ces derniers finissent par n'en plus pouvoir, même des sollicitations les plus ludiques et les plus conviviales. Les nombreuses affaires en cours aux prud'hommes restent d'ailleurs le meilleur indice en la matière. Pour vous donner un exemple : il y a quelques mois encore, un membre de mon équipe a refusé une promotion, sachant que les sollicitations dont il ferait l'objet (par mail ou par téléphone, à n'importe quelle heure du jour) n'en seraient que plus intenses et ne lui permettraient plus d'avoir une vie de famille. A en croire certains entrepreneurs, les nouveaux arrivants sur le marché du travail ne se donnent plus à fond comme par le passé. Mais à mon sens, cette évolution est la conséquence directe de ce management « gentiment oppressant » : c'est la mentalité de l'entreprise qui a induit ce désinvestissement de la part d'employés soucieux de préserver le peu de vie privée qu'il leur reste. Les incentives font d'après moi le plus souvent partie de ce type de management qui outrepasse ses limites : les patrons voudraient en effet que les salariés soient H24 ensemble, comme si l'entreprise était une unité aussi importante que celle de la famille. Heureusement, cetains incentives sont suffisamment bien organisés pour que la pilule passe sans difficultés. Je vous laisse d'ailleurs jeter un oeil au programme de cet incentive: vous comprendrez pourquoi j'ai mis de côté mes principes et mes doutes en découvrant ce qui nous attendait. Plus d'information est disponible sur le site de l'agence cette incentive à Perpignan. Cliquez sur le lien.

Posté par arcthomas à 11:03 - Permalien [#]
Tags : , ,
20 juin 2017

Quand on vient te chercher…

Le 19 Août 2014 au petit matin, le ciel lui tombe sur la tête lorsque des uniformes cagoulés défoncent la porte de son appartement et embarquent l'une de ses quatre filles. Nathalie*est issue d'une famille catholique, convertie à l'islam dans sa jeunesse. Elle est pieuse, douce et forte mais n'a rien décelé des intentions terroristes de sa cadette, Iman. Deux ans et demi plus tard, passée la colère, elle se bat pour rendre à sa fille une vie normale, une nouvelle vie ou une seconde vie. Porter le fardeau d’être la mère de la «terroriste», comprendre la gravité des faits et être en mesure d'y faire face, ne jamais rien lâcher… Un processus long basé sur la fermeté, le dialogue et le soutien psychologique qu’elle est allée chercher partout où il se présentait. Quand nous contactons Nathalie pour la première fois, c’est au téléphone, elle est méfiante. Sa fille est toujours fragile pense-t-elle. Nathalie craint que l'intrusion de journalistes dans leur intimité ne vienne casser ce long travail. Puis au fil de la discussion, sa voix s'adoucit: «Vous savez, ma fille, c'est la meilleure preuve que l'on peut s'en sortir». Et pour nous le prouver Nathalie accepte un premier rendez-vous. Mère et fille se présentent à nous un bel après-midi d'été à la terrasse d'un restaurant, une adolescente pimpante dans sa robe estivale et sa maman voilée, aimable et souriante se racontent sans faire semblant, sans omettre les détails sombres de ces mois qui ont failli faire basculer la famille entière. Puis les deux femmes nous accueillent dans l'appartement familial, celui-là même où tout s’est joué, où la porte fût fracassée. Nathalie a d'abord laissé Iman nous parler, seul à seul. Un acte pour solenniser l’acceptation de cette «histoire», tout raconter avec leurs mots pour tourner une page. Iman est partie rejoindre ses amis –des vrais amis, pas des amis virtuels– Nathalie s'est isolée dans la cuisine, et s'est confiée à son tour. Un long tête à tête face à la plus difficile épreuve de sa vie de maman… Quand vous-êtes vous rendu compte que votre fille avait basculé? Juste quand les policiers sont venus la chercher, en août 2014, le jour de son arrestation en fait. À 6h du matin, la DGSI, le Raid et tout le commissariat du coin défoncent ma porte, ils viennent chercher ma fille. Ils perquisitionnent et Iman parle avec eux, elle veut savoir ce qu’il va se passer ensuite. Les policiers m'ont annoncé qu'Iman était en contact avec des gens en Syrie et en France aussi. Ils m’ont dit qu'elle projetait de commettre un attentat. À ce moment-là, oui, le ciel vous tombe sur la tête. C’est une intervention antiterroriste? Oui, je crois que c’est ça, ça a été très musclé, il y a eu beaucoup de bruit. Je suis arrivée vers la porte d’entrée de l’appartement, il n’y avait plus de porte. Ils étaient une vingtaine, tous cagoulés, ils se sont jetés sur moi et ils cherchaient ma fille. Ils voulaient à tout prix savoir où était Iman, ils sont allés dans sa chambre, elle dormait. Vous compreniez ce qu’il se passait? Non, non, c’était incompréhensible je ne pensais pas du tout que ma fille avait des contacts avec ces gens, avec la Syrie, avec tout ça… Iman avait changé ces derniers mois? Iman portait le foulard depuis peu de temps. Elle était un peu plus agressive les semaines précédant l'arrestation, mais moi je pensais que c’était de la frustration par rapport à son âge, 17 ans, et le fait qu'elle veuille quitter le foulard aussi, ça la perturbait. Vous-même, vous portez le foulard, c'est quelque chose d'important? Oui, mais c’était son choix à elle de le porter. Quand elle m'a dit qu'elle voulait le porter, je lui ai expliqué qu'en tant que lycéenne, il fallait qu'elle le quitte devant le lycée; au travail il fallait qu'elle le quitte aussi, mais ça a été son choix. Enfin je pensais que c’était son choix. Mais en fait, c’était sur Facebook, les personnes avec qui elle parlait lui disaient qu'elle était une mauvaise musulmane parce qu'elle ne se couvrait pas la tête. Quelle est votre relation à l’islam? Je suis convertie depuis 25 ans et ça fait une vingtaine d’années que je porte le foulard. L'islam à la maison ça a toujours été une religion simple. Je n’ai jamais forcé mes filles à porter le foulard ou à faire les prières. Elles me voyaient pratiquer, elles sont nées musulmanes de toute façon. Pour moi porter le foulard c'est une question personnelle, une suite d’événements dans l'islam. De toute façon si je l’avais forcée à le porter, elle ne l’aurait pas fait de bon cœur, ce serait une hypocrisie. J'ai éduqué mes filles tout simplement, avec un droit à l'expression, le droit de s'habiller comme elles le voulaient. Elles sortaient, elles invitaient des amis à la maison. Il n’y avait pas d'interdits du moment où je savais avec qui elles étaient. Iman a eu une adolescence normale, une jeune fille de 17 ans qui va à l’école, qui écoute de la musique. Une fille qui s'amuse, qui profite de la vie, qui va au restaurant. On est partis au ski, à la plage, bref tous les loisirs d'une gamine de 17 ans. Elle a eu ses diplômes sans problème. C'est une enfant ordinaire. Je lui expliquais que l'Islam ce n’est pas ça mais je ne m’inquiétais pas plus parce que je ne pensais pas qu'elle était dans ce délire de vouloir partir Vous n’avez rien su de son embrigadement? Non absolument pas! Quelques mois avant, tout se passait bien. Elle allait au lycée. Elle faisait ses stages professionnels, elle était dans l'année ou elle allait passer son BEP et elle l'a eu! Tout se passait bien hormis Facebook. Mais ça je ne le savais pas à l’époque. Iman était alors beaucoup sur internet? Elle ne parlait pas de ses fréquentations sur Facebook. Je pouvais ne pas voir ce qui se passait parce que je n'avais pas de Facebook. Je pensais qu'elle parlait avec des copines de son lycée, mais début août, elle a commencé à parler vraiment des gamins qui partaient et qui mouraient en Syrie dans les combats ou pendant l’entraînement. Ils mouraient au djihad. Je lui expliquais que l'Islam ce n’est pas ça mais je ne m’inquiétais pas plus que ça, parce que je ne pensais pas qu'elle était dans ce délire de vouloir partir. J’ai compris qu'elle était mal dans sa peau à ce moment-là, mais absolument pas qu’elle voulait partir. Je n’ai rien vu venir du tout, mais vraiment rien! Trois jours avant l’arrestation, sa sœur m'avait montré le téléphone d’Iman, elle regardait l’itinéraire pour aller au Cham en Syrie. Moi je ne prenais pas ça au sérieux malheureusement, je n'ai pas été attentive sur ce coup là. Je culpabilise un petit peu, parce que je me dis que j'aurais pu intervenir un peu plus tôt, mais en même temps si j’étais intervenue, elle serait partie. Elle ne serait pas là. Maintenant elle a été arrêtée, elle est sous contrôle judiciaire, elle n'est pas libre complètement, mais elle est quand même en liberté, elle est avec nous, elle a passé son bac. Dans le mal, il y a toujours un bien. Ce sont ses contacts virtuels sur les réseaux sociaux qui l’ont convaincue? Iman les appelait «ses sœurs Fillah», elles lui disaient que si elles ne se couvraient pas elle serait une mauvaise personne, une mauvaise musulmane. Si elle ne partait pas au Cham en Syrie, elle était une mauvaise musulmane. Iman se culpabilisait. Ça s'est fait tout doucement, et elle a porté le jilbeb. C'est quoi des «sœurs Fillah»? Des sœurs de religions, elles se conseillent, elles s'envoient des versets coraniques sur internet. Ces filles se considèrent plus sœurs qu'avec les liens de sang. Iman en parlait un tout petit peu au début, en disant «telle sœur Fillah m'a envoyé ça» mais moi je croyais que c’était une boutade rien de plus. Pour moi il n’y avait rien d’inquiétant. Elle me demandait de lui acheter des livres sur la religion, je le faisais…

Posté par arcthomas à 18:28 - Permalien [#]
14 juin 2017

Du pain sur la planche

14 juin 2017 : j'ouvre finalement mon blog dédié à l'actualité. Et apparemment, je vais avoir du pain sur la planche...

En fait, ça commence si fort que je ne sais par où commencer. Par l'affaire Bayrou, qui montre à quel point le changement promis n'est que de la poudre de perlimpinpin ? Bayrou est l'exemple type du vieux politicien, du vieux briscard magouilleur dont les électeurs ne veulent plus. Des journalistes enquêtent sur d'éventuels problèmes d'emplois fictifs au sein du MoDem ? Ils soupçonnent certains membres d'avoir été rémunérés par le Parlement européen sans jamais avoir travaillé pour ce dernier ? Pas de problème. Le ministre de la Justice appelle les journalistes pour faire pression. Et lorsqu'il voit la levée de boucliers que cela suscite, il répond tranquillement qu'il ne parlait pas en tant que ministre mais en tant que citoyen indigné. Cet homme-là va devoir mieux préciser quand il parle en tant que Bayrou ou en tant que chef de l'appareil judiciaire... Et il n'est à son poste que depuis quelques semaines ! Ca promet pour la suite.

Ou peut-être pourrais-je commenter l'affaire Aubier ? Vous savez, ce pneumologue réputé qui a minimisé pendant des années les effets des particules fines à la la télévision, et qui est en fait employé par le groupe Total depuis 20 ans... Et pas qu'un peu !

Ou peut-être devrais-je parler de ce joli montage financier orchestré par Renault-Nissan pour contourner l'interdiction d'augmenter le salaire de Ghosn et de ses associés. L'entreprise aurait carrément créé une société off-shore localisée aux Pays-Bas afin de verser des millions d'euros de bonnus annuels supplémentaires. Baptisée «NewCo», cette nouvelle société serait détenue à 100% par une fondation indépendante, ce qui permet d'éviter d'informer les actionnaires de l'alliance. Les versements échapperaient en outre aussi aux charges sociales françaises.

Je pourrais continuer longtemps, comme ça, car il ne se passe pas un jour sans que l'homme ne se distingue par sa capacité à abuser de sa position, à mentir au détriment de la population, et à contourner impunément les lois lorsque celles-ci ne leur permettent pas de faire assez de profits. Bien sûr, il sera donc souvent question ici de Trump, de Fillon et compagnie, qui excellent en le domaine et jouissent d'une impunité totale en la matière.

Oui, clairement : j'ai du pain sur la planche en perspective !

Posté par arcthomas à 13:24 - Permalien [#]