Le mal-logement s’aggrave et s’enracine, mais au-delà de ce premier constat, ses visages se diversifient et se renouvellent. Il touche d’abord ceux qui sont privés de logement, mais aussi ceux qui sont logés dans des conditions peu satisfaisantes. Pour eux, si le confort sanitaire s’est considérablement amélioré depuis un demi-siècle, ils sont confrontés à un renouvellement des situations problématiques d’habitat. On pense notamment à l’importance de la précarité énergétique, ainsi qu’à l’obsolescence de certaines fractions du parc immobilier, comme les copropriétés, construites massivement au cours des Trente Glorieuses. La dégradation de la situation se vérifie avec l’ aggravation de la situation des ménages privés de domicile personnel, qu’il s’agisse des personnes sans domicile, ou d’hébergés contraints chez des tiers. Dans de nombreux départements, l’hébergement d’urgence ne répond que très partiellement à une demande qui a explosé sous l’effet notamment des mouvements migratoires et de l’impossibilité pour de très nombreuses personnes, dénuées de droits et de moyens, de pré- tendre à d’autres formes d’habitat. Cette pression ne permet pas de rendre effectif l’accueil inconditionnel de toute personne privée de domicile personnel, pourtant reconnu dans la loi depuis 2009. Pour tous ceux qui doivent affronter le marché pour accéder à un logement, que ce soit pour un premier logement (les jeunes), une mutation nécessitée par l’agrandissement du ménage (les familles) ou suite aux aléas de la vie (séparation, perte d’emploi ou problème de santé), l’ exacerbation des concurrences conduit à u ne forme de « lutte des places » . À la sélection par le marché des demandeurs de logement les plus solvables, répond la concurrence qui s’installe à tous les niveaux d’une offre publique insuffisante, qu’il s’agisse d’hébergement ou de logement. Les structures d’hébergement comme les organismes Hlm sont alors conduits à mettre en place des mécanismes de tri particulièrement sélectifs, suscitant chez les demandeurs un découragement qui les conduit parfois à ne plus rien attendre. Ces difficultés d’accès ont aussi pour effet un abaissement des exigences vis-à-vis du logement. Cela touche évidemment les plus modestes, mais beaucoup plus largement ceux qui renoncent à des logements adaptés à la taille du ménage ou de meilleure qualité.